Tout commence par un décalage. Dans l'espace public, on parlait peu de racisme. Et quand on en parlait, c'était comme d'une question de migration ou de xénophobie, comme si l'on ne pouvait pas être noir·e et suisse.
Pourtant, l'expérience afrodescendante est une réalité à part. Héritée d'une histoire particulière, elle se vit sur des générations et ne s'arrête pas avec un passeport suisse.
safro est née d'une année d'entretiens qualitatifs. Ils ont dressé un portrait bien plus complexe que celui qu'on décrit d'habitude : la complexité des parcours migratoires, le racisme ordinaire et structurel du quotidien, la question de l'identité suisse, le sentiment de ne pas être reconnu·e comme égal·e, la santé mentale et physique.
Les personnes afrodescendantes ne forment pas une communauté. Elles viennent de réalités culturelles, économiques et migratoires très différentes. Mais elles partagent des besoins communs face à une même inégalité structurelle. C'est pour y répondre que safro existe.
Puis l'intérêt des médias a grandi, porté aussi par le mouvement Black Lives Matter. Peu à peu, nous avons porté nos voix dans la presse, dans la recherche, dans la culture et dans nos formations, et auprès du grand public à travers nos événements.
Aujourd'hui, nous voulons montrer qu'en Suisse, le changement peut être concret, professionnel et ancré dans les réalités vécues. Le racisme est encore trop souvent vu seulement comme une cause militante, ou comme une question d'intégration. Il touche pourtant les personnes afrodescendantes, qu'elles soient nées ici ou ailleurs, et il concerne toute la société.
La Suisse change, et sa population avec elle. Réussir cette transition, c'est faire de nos différences une intelligence collective. Nous imaginons une Suisse où chacune et chacun trouve sa place, à part égale. Et nous la construisons dès aujourd'hui.





